Voulez vous mourir, vivre avec moi?

 

Seule, immobile face à l’écran dans la prolongation du reportage. Seule, la réflexion, le regard, changent.

Les odeurs disparaissent, les sons s’estompent et il ne reste plus que l’image, fixe.

Seuls, seules, devant une solitude, habillée parfois certes, mais dans une grande partie des jours, seuls face au temps, face à soi même.

Ici, l’attente se fait attendre. L’attente, mais de quelle attente, de vivre encore des moments ;

D’espérer une visite ? Une lettre ? De raconter à son compagnon de chambre, une histoire imaginaire sur l’infirmière qui va bientôt offrir la vie  et qui est venue saluer ses collègues, ses amis et, ses « favoris ».

La vie se raconte. Médecins, infirmières, auxiliaires et la liste est longue, sont souvent les héros de leurs récits étirés. Ils œuvrent au bien être des patients, aux leurs ; aux nôtres. Ils véhiculent l’énergie à travers leur geste, créant dans leur pas la vie, dans un couloir qui porte bien des surnoms. Et, peut être seront-ils « la » dernière visite.

Il est un âge ou le mouvement de la vie semble s’effectuer à la surface de la peau. La vie prend alors un autre sens, corps immobile, figée dans un temps solide, celui d’hier. Dépendant des autres sans autres choix. Demandant une attention, parfois retenue de pudeur, parfois d’humour, de rejet, de peur, mais si souvent cachant de l’affection, profonde ; fragile. Dans ses couloirs les visites s’estompent, et la main touchée se fait rare.

De quoi avons nous peur, de quel espace manquons nous, pour finalement, baisser notre regard devant l’aube des derniers souffles âgés ?

Si nous avons la chance de vieillir, que nous proposerons nous ?

Cette prolongation du temps, semble pour certain, une exclusion. Il ne reste que le présent assoupi devant un temps devenu si long, si court.

Un présent qui nous emporte, nous approche d’heure en heure d’un dernier instant, d’une ultime lumière. Mais n’est elle pas plus chaleureuse lorsque nous sommes accompagnés ?

Je connais un homme, un ami, qui lors de son dernier souffle a prononcé le mot Merci. Puis, il s’est éteint. Eternelle gratitude ? De son départ, c’est l’éveil d’une autre réalité. La résonnance de ce mot, prononcé alors qu’il était inconscient depuis deux jours.

Comment l’expliquer ? Une ultime conscience ? Gratitude éternelle ? A l’aube de mon dernier souffle, Quelle sera ma conscience ?

Est ce que quelqu‘un quelque part, voudra mourir, vivre avec moi ?