Les Bergers du Soleil

« Voir l’ombre mais s’y refuser » définirait la vie de ce peuple aux migrations extraordinaires. Ni plus ni moins que la traversée totale de l’Afrique d’est en ouest. Cette phrase à double sens révèle en partit, un choix de vie mystérieux que lui seul connaît. De ce mystère qu’il l’entoure, on le méprise et on le craint. Car lorsqu’il apparaît, son visage impassible, son silence, sa dignité indifférente, ne laisse rien dévoiler de lui. Cet Homme possède une réserve habitée d’une prestance, d’une élégante possession de soi, qui force l’attention. Il préserve sa liberté loin des sédentaires, loin des rêves des autres hommes, sans jamais révéler le sien, si ce n’est ce lien magique, peut être millénaire, à l’égard de son troupeau de zébu.

Au sein de ce peuple pour devenir un être accompli, il est un chemin, qui suit un code pastoral, dicté par une connaissance de la Nature ancestrale. Reconnu et isolé : « Les Peuls sont un surprenant mélange. Fleuve blanc au pays des eaux noires; fleuve noir au pays des eaux blanches, énigmatique peuplement que de capricieux tourbillons ont amené du soleil levant et répandu de l’est à l’ouest presque partout ». (2)

Mais aujourd’hui la liberté de ces hommes et ces femmes, que nous nommons « Peuls », est compromise. Enchaînés dans notre course folle de la mondialisation, ces nomades invétérés, n’ont pas fini pour autant d’écrire leur prodigieuse histoire, d’engendrer de merveilleuses légendes.

Selon lui, « la plus noble qualité humaine, la vraie force de l’homme est de faire chaque fois confiance à la providence et ce, au péril de sa vie » (1).

C’est leur élégance et leur honneur.

Les Bergers du Soleil

Voulez vous mourir, vivre avec moi?

 

Seule, immobile face à l’écran dans la prolongation du reportage. Seule, la réflexion, le regard, changent.

Les odeurs disparaissent, les sons s’estompent et il ne reste plus que l’image, fixe.

Seuls, seules, devant une solitude, habillée parfois certes, mais dans une grande partie des jours, seuls face au temps, face à soi même.

Ici, l’attente se fait attendre. L’attente, mais de quelle attente, de vivre encore des moments ;

D’espérer une visite ? Une lettre ? De raconter à son compagnon de chambre, une histoire imaginaire sur l’infirmière qui va bientôt offrir la vie  et qui est venue saluer ses collègues, ses amis et, ses « favoris ».

La vie se raconte. Médecins, infirmières, auxiliaires et la liste est longue, sont souvent les héros de leurs récits étirés. Ils œuvrent au bien être des patients, aux leurs ; aux nôtres. Ils véhiculent l’énergie à travers leur geste, créant dans leur pas la vie, dans un couloir qui porte bien des surnoms. Et, peut être seront-ils « la » dernière visite.

Il est un âge ou le mouvement de la vie semble s’effectuer à la surface de la peau. La vie prend alors un autre sens, corps immobile, figée dans un temps solide, celui d’hier. Dépendant des autres sans autres choix. Demandant une attention, parfois retenue de pudeur, parfois d’humour, de rejet, de peur, mais si souvent cachant de l’affection, profonde ; fragile. Dans ses couloirs les visites s’estompent, et la main touchée se fait rare.

De quoi avons nous peur, de quel espace manquons nous, pour finalement, baisser notre regard devant l’aube des derniers souffles âgés ?

Si nous avons la chance de vieillir, que nous proposerons nous ?

Cette prolongation du temps, semble pour certain, une exclusion. Il ne reste que le présent assoupi devant un temps devenu si long, si court.

Un présent qui nous emporte, nous approche d’heure en heure d’un dernier instant, d’une ultime lumière. Mais n’est elle pas plus chaleureuse lorsque nous sommes accompagnés ?

Je connais un homme, un ami, qui lors de son dernier souffle a prononcé le mot Merci. Puis, il s’est éteint. Eternelle gratitude ? De son départ, c’est l’éveil d’une autre réalité. La résonnance de ce mot, prononcé alors qu’il était inconscient depuis deux jours.

Comment l’expliquer ? Une ultime conscience ? Gratitude éternelle ? A l’aube de mon dernier souffle, Quelle sera ma conscience ?

Est ce que quelqu‘un quelque part, voudra mourir, vivre avec moi ?

 

 

N’kosi Sikeleli Africa

 N'Kosi

En Afrique, tout semble avoir une influence, un impact sur tout. Là bas, le virtuel possède encore son sens originel « Quelque chose qui a de la puissance ». Son omniprésence appelle des rites visibles et invisibles.

Là bas, les « Vieux » sont entourés de respect, car ils les ont tous transgressé, qu’ils aient été visibles ou invisibles. Ils ont surmonté les risques de chasse, les conflits, les maladies… Ils sont, par leur âge, les hauts dignitaires de la mémoire. Dans un monde ou la parole est souveraine, ils sont considérés comme les personnes ressources. On s’adresse à eux pour venir chercher, un, deux, dix… conseils. Dans leur monde, la parole est « une empreinte du vent offerte à la terre ».

Là bas, la vieillesse véhicule sa sagesse sur des sentiers millénaires, de conte, de chant, de métaphore.

« Lorsqu’une feuille tombe de l’arbre, c’est que l’arbre n’a plus besoin d’elle » me répondit un vieil homme voulant savoir ma démarche de les photographier.

Dans cet ailleurs, on parle de hauteur d’âme, pas de grandeur. Est ce pour cela qu’ils avancent sans se courber ? Fiers, malgré tout ce qui les envahit, droits, maintenus par le fil d’une vie trop riche pour être considérée indigente.

L’Afrique, est – était ? – un continent immatériel. Elle se retrouve aujourd’hui sous le feu de besoins qui la dépasse. Prise entre son destin et le notre, quel est son avenir? Celui de sa culture, de son oralité, richesse de sa mémoire. Ici la vieillesse semble être un naufrage. Là bas ?